Homélie du 18 juin

Homélie pour l’ordination
d’Ambroise, de Cédric, de Damien et de Paul – 18 juin 2016

« L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction ». Celui qui peut seul s’approprier ces paroles, c’est le Christ, le messie de Dieu. A la synagogue de Nazareth, Jésus se révèle comme celui qui est envoyé par le Père.

Pourquoi l’Esprit est-il donné à l’oint du Seigneur ? Dans quel but ?

La réponse est donnée par le prophète Isaïe :
Pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres et aux humbles. Quelle Bonne Nouvelle ? L’Esprit du Seigneur est un esprit de vie qui sera authentifié par la résurrection de Jésus. A notre époque où la fascination de la mort entraîne une violence extrême contre soi-même et contre les autres, il est bon de rappeler que l’esprit de Dieu est-il ordonné à la vie, la vie en abondance. La mort donnée en abondance aujourd’hui, ne peut venir que de l’esprit du mal, quelles que soient les revendications, terroristes ou humanistes. En Dieu et avec Dieu la vie sera toujours plus forte que la mort.

Pour apporter la délivrance aux captifs et la libération aux prisonniers. Il s’agit de toutes les prisons, y compris celles qui sont sans barreaux : nos addictions, le regard des autres et tous les conditionnements qui nous emprisonnent.

Pour guérir les cœurs brisés, c’est-à-dire apporter à tous la consolation. Qu’est-ce qui peut apporter la consolation un autre monde ? C’est l’amour que le christ a manifesté avec tant de force, de courage, de compassion et de tendresse.

Pour annoncer une année de bienfaits. Le premier mot de Jésus quand il apparaît ressuscité à ses disciples, nous l’avons entendu : « la paix soit avec vous ». Dans le déferlement médiatique des mauvaises nouvelles, Jésus est un signe de contradiction, car il n’est pas un prophète de malheur. Dans les béatitudes, il annonce notre vocation : la soif de bonheur sera comblée malgré les difficultés et les vicissitudes de la vie terrestre, au-delà même de ce que nous pouvons espérer.

Ambroise, Cédric, Damien et Paul, par l’imposition des mains et par l’onction vous allez recevoir de manière particulière le sacerdoce du Christ. Par une grâce infinie vous allez participer à son unique sacerdoce, lui, qui est le seul grand prêtre, vrai Dieu et vrai Homme pour accomplir l’alliance éternelle.
Ce n’est pas en raison de vos mérites car il ne s’agit pas de s’accaparer par notre savoir-faire ce qui n’appartient qu’au Christ. C’est lui qui vous a choisis et l’Église a confirmé ce choix.

« Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie »
Envoyés : voilà votre mission. Comme le Père m’a envoyé. Puisque vous êtes envoyés comme le Christ, il s’agit de devenir toujours plus conforme au Christ. Il est impossible de témoigner du Seigneur Jésus sans refléter son image « qui est rendue vivante en nous par la grâce et par l’action de l’Esprit-Saint » (Jean Paul II : Redemptoris missio).

Saint-Paul nous enjoint d’avoir les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus : « lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, mais il s’est anéanti prenant la condition de serviteur ». Il s’agit de cet acte d’amour absolu dans le dépouillement de soi pour vivre la condition humaine. Il s’agit d’éprouver la charité même du Christ envers son peuple en ayant la même attention, la même tendresse, la même compassion, même accueil.

Comme le rappelle le Pape François dans son exhortation apostolique « la joie de l’évangile » : « Seul celui qui se sent porté à chercher le bien du prochain et désire le bonheur des autres, peut être missionnaire »

Rappelez-vous toujours que lorsque vous célébrez, c’est le Christ qui célèbre. Lorsque vous baptisez, c’est le Christ qui baptise. Lorsque vous pardonnez, c’est le Christ qui pardonne en vous et par vous.

Avoir les mêmes sentiments que Jésus c’est ce qu’éprouve saint Paul lui-même quand il dit qu’il « se fait tout à tous afin d’en sauver à tout prix quelques-uns ».

La disponibilité n’est pas le fait est d’être toujours partout et de courir à droite à gauche en se dispersant. Il s’agit de se rendre véritablement présent à celui avec lequel nous sommes, sans songer à tout ce que nous avons à faire après ou de ressasser ce que nous avons pu faire avant. Je ne vous demande pas d’avoir des agendas surbookés, mais d’être véritablement présents d’esprit et de cœur à ceux qui vous sont confiés. Vous devez être comme le Christ, une présence réelle et non pour ceux qui sont avec vous une absence réelle.

Il ne s’agit pas d’être omniprésents, ni omniscients, d’avoir 30 dirigés spirituels et de multiplier vos actions. Vous n’êtes pas dans le faire mais dans l’être. Vous ne recevez pas une fonction mais une ordination qui marque votre être tout entier en vous configurant au Christ prêtre. Ce qui doit vous rendre heureux ce ne sont pas les multiples actions pastorales florissantes mais cette intimité toute particulière avec Jésus qui vous appelle à une amitié divine.

Et vous, chers frères et sœurs, dont j’admire sincèrement l’implication dans la vie de l’Eglise et le courage apostolique, rendez grâce à Dieu pour ces jeunes gens qui donnent leur vie à la suite du Christ pour vous servir. Accueillez-les comme le Christ demande à être accueilli. Non pas selon l’idéal que se faisait son époque relativement au messie, mais en se laissant surprendre par la surabondance de la grâce. Les prêtres qui vous sont envoyés ne sont ni le manager idéal, ni l’homme parfait qui n’existe que dans les fantasmes, ni l’omniscient qui doit se rendre à toutes vos réunions.

Quand des paroissiens, des responsables de mouvements, d’aumônerie de l’enseignement public, d’hôpital ou de chefs d’établissements catholiques me demandent un prêtre, je suis tenté de leur répondre pourquoi faire ? En général ils me font une liste de choses à faire. Or, la bonne réponse est : « pour qu’ils nous mènent à la sainteté ».

Aimez vos prêtres, chers frères et sœurs, aimez-les tels qu’ils sont et non tels que vous voudriez les voir. Chercher les merveilleux talents que Dieu a déjà déposés en eux et permettez-leur de les déployer avec la grâce de Dieu, en les encourageant et par votre prière pour la fécondité de leur ministère pour qu’ils y trouvent la joie que le Christ a promis : « je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous ». Cette joie n’est pas l’absence de difficultés, vous le savez. C’est une joie surnaturelle qui vient du Seigneur Jésus lui-même.

Ambroise, Cédric, Damien et Paul, l’Esprit vous est donné pour la mission. Une mission de vie, de bonté, de bienfaits de la part du Seigneur. Vous devenez les amis privilégiés de l’époux. Trouvez votre bonheur en le servant dans son épouse. Quelle charge magnifique ! ! !

18 Juin 2016